Les Américains et les Français aménagent une base militaire au Kirghizstan

par Jacques Isnard

Le Monde,  le  31  janvier 2002
Centre de recherche sur la mondialisation (CRM), globalresearch.ca le 31 janvier 2002

 


A Washington, on indique que, sans vouloir abuser du soutien kirghize, la présence des armées américaines est vouée à durer "de longues années".

A l'heure actuelle, les Etats-Unis ont déployé, à Manas, 260 hommes du génie et une dizaine d'avions de transport Hercules. Les Français sont en voie d'acheminement, avec une soixantaine de sapeurs du génie de l'air.

Début février, des travaux seront entrepris pour "sécuriser" un site qui est civil à l'origine, et pour édifier notamment des hangars où les avions seront à l'abri, des dépôts de carburant et des soutes à munitions propres à chacun des types d'appareils. Ces travaux sont susceptibles de durer trois semaines, un préalable au déploiement des avions de combat.

DÉSAPPROBATION RUSSE

C'est à la fin février que devraient débarquer les premiers avions de combat. Les Etats-Unis projettent de déployer des F-18 de la marine et des F-15 de l'armée de l'air, venus de leur base en Grande-Bretagne. Au total, quelque 3 000 Américains pourraient mettre en œuvre entre trente et quarante avions à Manas. Les Français, qui ont un accord de Bichkek pour un an, ont prévu d'y poser six Mirage 2000-D et deux ravitailleurs en vol C-135F. Soit, au total, entre 300 et 500 hommes avec les soutiens.

Officiellement, ces moyens aériens sont destinés à lancer des frappes dites d'"opportunité" (close air support ou appui-feu rapproché) contre des cibles au sol dans le cadre de la chasse aux "poches" de résistance terroristes qui subsistent en Afghanistan. Une autre mission consistera à protéger la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) si elle venait à être menacée à Kaboul ou déployée ailleurs en Afghanistan.

Le Kirghizstan n'a pas de frontière avec l'Afghanistan, dont il est séparé par le Tadjikistan. Mais les Etats-Unis et la France ont obtenu du gouvernement tadjik l'autorisation d'utiliser son espace aérien et la possibilité de se poser sur la base d'Aini, proche de la capitale, Douchanbé, après que la piste a été aménagée. De sorte que les avions de ces deux pays pourront lancer des raids sans passer par le Pakistan.

Pour leur part, les Russes ont fait savoir qu'ils ne voyaient pas de justifications au déploiement durable d'avions de combat "de l'OTAN" en Asie centrale, spécialement dans d'anciennes Républiques de l'ex-URSS, à la faveur de la lutte antiterroriste.

De fait, la localisation de la base au Kirghizstan est plus importante que le volume des moyens aériens qui y seront stationnés. Ce site, dès lors qu'il accueillerait discrètement d'autres types d'avions, permet d'organiser la surveillance de la Chine, de l'Inde ou du Pakistan et celle, aussi, de certaines régions, comme la Tchétchénie, où la Russie veut garder le contrôle de ses opérations. Un avion-espion ou un drone, par exemple, fournissent des renseignements plus fins et plus frais qu'un satellite de reconnaissance.

Selon les experts, la base de Manas est à "un carrefour de l'observation" en Asie centrale, même si Américains et Français disent ne pas vouloir y rester.



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